Ceci n’est pas une œuvre d’art : c’est un poisson d’avril

Quand Maurizio Cattelan amenait Hollywood à Palerme

Le 8 juin 2001, Maurizio Cattelan, artiste contemporain italien connu pour ses œuvres provocatrices et inattendues, surprenait une nouvelle fois le monde de l’art avec une installation pour le moins insolite. Ce jour-là, François Pinault, qui avait soutenu le projet, se rendait sur les lieux pour découvrir une œuvre aussi monumentale que déroutante : le célèbre mot HOLLYWOOD, que l’on associe habituellement au cinéma, au rêve, à la richesse et à Los Angeles, apparaissait dans un décor où personne ne s’attendait à le trouver.

Car Cattelan n’avait pas installé son Hollywood sous le soleil californien. Il l’avait installé à Bellolampo, à Palerme, sur le site d’une immense décharge. Un contraste saisissant entre deux univers que tout semble opposer.

Hollywood à Bellolampo

Face à une association aussi improbable – un peu comme la pizza et l’ananas, diront certains, difficile de ne pas se demander ce que l’artiste cherchait à nous raconter. Et c’était justement tout l’intérêt de l’œuvre. En installant un symbole mondialement associé au rêve et à la réussite dans un environnement aux antipodes de cet imaginaire, Cattelan créait volontairement un décalage spectaculaire.

Derrière l’ironie se cachait une réflexion beaucoup moins légère : celle des contrastes de notre société, entre richesse et pauvreté, apparence et réalité, rêve et quotidien. Cattelan est coutumier de ce genre de provocation. Son travail utilise souvent l’humour, l’absurde et le malaise pour nous pousser à regarder autrement ce que nous avons sous les yeux. Et la Sicile elle-même n’échappe pas à ces contrastes. Notre terre est magnifique, riche de paysages, de traditions et de culture, mais elle possède aussi une réalité plus difficile qu’il ne faut pas oublier. Alors, avec un contraste aussi spectaculaire entre Hollywood et Bellolampo, pourrait-on considérer cette installation comme un gigantesque poisson d’avril avant l’heure ?

Notre poisson d’avril à la manière de Cattelan

En ce 1er avril, nous avons justement eu envie de nous replonger dans cette œuvre et, à notre manière, de relever le défi lancé par Cattelan. Nous avons repris son jeu d’appropriation de la réalité et de recontextualisation pour détourner une autre de ses œuvres devenues célèbres : Comedian. Vous la connaissez probablement : une banane fixée au mur avec du ruban adhésif. Présentée à Art Basel Miami Beach, l’œuvre avait fait énormément parler d’elle et était devenue une véritable satire du marché de l’art contemporain.

Avec Comedian, un objet aussi banal qu’une banane pouvait soudainement devenir une œuvre d’art et acquérir une valeur considérable. Alors, pour notre poisson d’avril, nous avons décidé de jouer nous aussi avec les codes de Cattelan. Mais chez Les Deux Siciles, nous avons remplacé la banane par quelque chose qui nous ressemble davantage : les saveurs de la Sicile. Une façon amusante de rappeler que certains produits du quotidien peuvent, eux aussi, devenir de véritables petits chefs-d’œuvre lorsqu’ils sont le fruit d’un terroir et d’un savoir-faire. Et puisque Magritte n’est jamais très loin lorsque l’on commence à jouer avec les objets et leur représentation, voici notre clin d’œil pour ce poisson d’avril :

« Ceci n’est pas une œuvre d’art. »

Quoique…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *